En 2015, nous avions déjà interviewé Benoît Kensier. Voici tout d’abord un extrait de cette interview, avant de passer au sujet du jour : Le Printemps des Sonneurs.

Marc Bauduin

Extraits de l’interview de 2015

J’ai eu ma première cornemuse, une 16 pouces du modèle Centre France fabriquée par Olle Geris, vers 12 ans. J’ai appris à jouer avec Luc Demulder, un ami de la famille qui est à la fois musicien de jazz et cornemuseur. Ensuite avec Franco Delvecchio, puis des stages à Neufchâteau, avec Eric Montbel. Mais aujourd’hui la gaita est l’instrument dont je joue le plus souvent.

(…) Le doigté est différent, mais ce n’est pas une grosse difficulté de passer de l’un à l’autre. La différence, c’est plutôt une autre manière de jouer, une autre technique, une autre musicalité.

Benoit KENSIER avec sa cornemuse. (Photo : Bruno D’Alimonte)

Aujourd’hui, joues-tu davantage de gaita galicienne ou de cornemuse du Centre France ? Dans quelles circonstances choisis-tu l’un ou l’autre instrument ?

Dernièrement, j’ai beaucoup de plaisir à explorer le répertoire galicien sur la cornemuse 16 pouces et y transposer les acquis développés au fil des années avec la gaita. A la croisée des esthétiques galicienne et Centre France, je fais mes choix et je construis progressivement un jeu qui me plait, probablement plus percutant et avec une attaque des notes empruntée à la gaita.

Il y a une dizaine d’années, j’avais d’ailleurs emmené la musette en Galice. Il était fascinant de découvrir comment des virtuoses tels qu’Anxo Lorenzo, Pedro Fariñas ou Oscar Ibañez prenaient en main l’instrument…

A ce sujet, je publie sur Facebook des vidéos en duo avec Veronica Codesal (Ialma) afin de partager cette approche, mais aussi d’observer la manière dont ce répertoire est accueilli par d’autres sonneurs. L’accueil est généralement très bon et semble créer la surprise. J’ai également commencé la réalisation d’un recueil de partitions de musique galicienne adaptées à la cornemuse du Centre France, pensé comme une porte d’entrée accessible à celles et ceux qui souhaitent découvrir cette musique.

Le fait d’enseigner en académie à Bruxelles m’a aussi poussé à reprendre l’instrument de manière plus intensive.

Parallèlement, je continue bien sûr à jouer de la gaita avec la même implication. C’est un instrument exigeant, mais qui me passionne à tous les niveaux. Il ouvre la porte à une culture d’une immense richesse. La Galice connaît d’ailleurs, depuis quelques années, une véritable effervescence musicale, portée par l’émergence de nouveaux groupes principalement portés sur le chant. Pour moi, la Galice reste un véritable paradis musical.

La prochaine étape sera bien sûr de m’approprier pleinement le répertoire du Printemps des Sonneurs. J’ai hâte de plonger dans ces morceaux, car le recueil rassemble de nombreuses créations apportées par ses différents contributeurs.

Quels types de projets musicaux t’animent aujourd’hui ?

Aujourd’hui, j’aime surtout consacrer du temps à mes instruments et aux répertoires qui me passionnent. Il y a énormément de choses à explorer.

Il y a aussi quelques collaborations très variées, que ce soit sur scène avec Ialma récemment, avec des groupes galiciens de passage en Belgique, ou encore dans des projets mêlant cornemuses, orgue ou chorale ces dernières années. J’apprécie particulièrement la diversité des expériences, qu’elles soient scéniques, pédagogiques ou éditoriales.

Je me reconnais beaucoup dans des projets intenses et ponctuels « one-shot », autour d’une idée forte. En 2022, par exemple, j’ai monté un concert autour d’un répertoire galicien pour gaita et orchestre. Plus récemment, la préparation du Printemps des Sonneurs a occupé une grande partie de mon temps : un projet éditorial exigeant, mais extrêmement formateur.

C’est une dynamique qui me permet de combiner ma vie professionnelle avec celle de musicien passionné.

À qui s’adresse le recueil « Le Printemps des Sonneurs » ?

Le recueil rassemble 300 airs traditionnels et compositions originales, tous jouables sur la cornemuse 16 pouces, « Centre France », « flamande » et autre instruments inspirés des chalumeaux Blanc-Dubois à perce conique.

L’ouvrage s’adresse évidemment aux sonneurs de cornemuse, mais pas uniquement. Les joueurs de vielle à roue ainsi que d’autres instruments mélodiques y trouveront également une importante source de répertoire. D’ailleurs, nombreux sont les non-cornemuseurs qui ont commandé l’ouvrage : vielleux, accordéonistes, violonistes, etc. Plusieurs conservatoires en France l’ont aussi commandé comme outil pédagogique complémentaire.

Les partitions sont écrites en clé de sol et sont principalement en Sol et Do (majeur et mineur), ou La mineur. Chaque musicien contributeur du recueil a pu enrichir ses partitions librement : certaines présentent la mélodie seule, tandis que d’autres proposent des secondes voix, des accords, des arrangements ou encore des variations.

Quel rôle jouent les « 35+1 » musiciens dans le recueil ? Comment les as-tu choisis ?

Le Printemps des Sonneurs rassemble les contributions de 35+1 sonneuses et sonneurs venus de différents horizons européens : France, Belgique, Allemagne, Angleterre ou encore Pays-Bas.

Chaque musicien a été invité à proposer :

  • le premier morceau qu’il a appris, afin de constituer une sélection idéale pour débuter ;
  • plusieurs morceaux représentatifs de son univers musical, qu’il s’agisse de compositions personnelles ou d’airs traditionnels ;
  • enfin, sa sélection se referme par un air traditionnel incontournable pour jouer avec d’autres musiciens.

L’idée était que chacun puisse partager une part de son identité musicale : les répertoires qui l’ont influencé, les morceaux qu’il aime transmettre ou pratiquer, ainsi que sa créativité par ses compositions.

Au final, cette diversité offre un très beau panorama européen de la pratique actuelle de ces cornemuses. On y retrouve bien sûr l’influence forte des musiques traditionnelles du Centre France, mais aussi des inspirations beaucoup plus larges grâce aux compositions originales et aux parcours très variés des contributeurs.

Nous avons fait confiance à chaque musicien dans le choix des morceaux. Leur expérience, leur parcours et leur personnalité musicale parlent d’eux-mêmes, qu’il s’agisse de jeunes joueurs ou de figures plus établies.

La majorité des sonneurs jouent sur des cornemuses modernes de type Blanc-Dubois ou instruments apparentés — communément appelées cornemuses du Centre France, flamandes ou musettes 16 pouces. Pour la curiosité ou l’exotisme, nous avons également ouvert le projet à plusieurs musiciens jouant d’autres types de cornemuses comme la gaita galicienne, asturienne, la boha, la cabrette ou encore la cornemuse bohémienne (Bock). Toutes les pièces sont jouables sur une cornemuse 16 pouces.

Le « +1 » est représenté par Gilles Chabenat. Nous souhaitions donner une place à la vielle à roue, qui accompagne depuis si longtemps la cornemuse dans les musiques traditionnelles. C’est aussi un clin d’œil à ceux qui souhaiteraient entreprendre un projet similaire pour d’autres instruments « Trads ».

Concernant le choix des participants, tout s’est fait très naturellement. Je suis parti d’un premier cercle de contacts, puis j’ai suivi les recommandations des uns et des autres. Très rapidement, plus d’une trentaine de musiciens ont répondu avec énormément d’enthousiasme. J’ai immédiatement senti que ce projet était très attendu.

J’aurais aimé inviter encore davantage de sonneuses et sonneurs tant les talents sont nombreux, mais l’ampleur du travail de coordination et de production m’a obligé à fixer certaines limites. Peut-être qu’un deuxième tome verra le jour dans quelques années avec de nouveaux visages.

Pourquoi avoir choisi un recueil exclusivement au format papier ?

La partition est un outil solide pour transmettre un morceau avec précision. Elle offre une base certaine au musicien qui souhaite enrichir son répertoire puis développer sa propre interprétation.

Posséder un recueil permet également de gagner en autonomie musicale, sans dépendre uniquement des enregistrements, des stages, des jam sessions, etc.

Nous avons aussi créé une playlist YouTube destinée aux musiciens qui souhaitent entendre certains airs du recueil. Elle sera enrichie progressivement à partir des ressources déjà disponibles en ligne.

Par ailleurs, la lecture de partition est aujourd’hui beaucoup plus accessible qu’autrefois. De nombreux musiciens utilisent désormais des applications sur tablette qui facilitent énormément le déchiffrage et le travail des morceaux.

Enfin, nombreux sont celles et ceux qui nous ont confié ne pas être de grands lecteurs de partitions mais l’envie de ne pas passer à côté d’un répertoire aussi vaste a largement pris le dessus.

Le livre se distingue aussi par son aspect éditorial très soigné. Comment le projet a-t-il été conçu ?

Birgit Bornauw

Nous voulions que l’ouvrage soit bien plus qu’un simple recueil de partitions.

Franco Delvecchio, sonneur virtuose et compositeur de talent a rédigé des portraits originaux et touchants pour chacun des musiciens. C’était fondamental pour nous de mettre pleinement en valeur les contributeurs, car chacun joue un rôle à sa manière dans la pratique actuelle de l’instrument.

Ces portraits permettent aussi de découvrir des parcours inspirants : beaucoup sont multi-instrumentistes, enseignants ou impliqués dans de beaux projets artistiques. Nous leur avons notamment demandé de quoi ils étaient le plus fiers dans leur parcours musical. Cela peut donner des idées aux lecteurs…

Le livre contient également plusieurs textes de fond particulièrement passionnants. Cassandre Balosso Bardin et Eric Montbel ont signé conjointement un texte consacré à l’invention des cornemuses modernes 16 pouces. Eric Montbel a également contribué avec un texte autour de la pratique musicale et de la composition sur ces cornemuses pan-européennes.

Le festival Le Son Continu, qui nous a généreusement invités pour sa cinquantième édition, a lui aussi participé avec un texte retraçant l’histoire du festival et son rôle majeur dans la promotion des musiques à bourdon depuis cinquante ans.

Le graphisme a été confié à un professionnel afin d’offrir un bel ouvrage à la communauté musicale.

Pour ma part, j’ai assuré la coordination générale du projet et travaillé intensivement sur les partitions avec l’aide précieuse de ma mère.

J’ai également mené la campagne de financement participatif, qui a représenté un travail considérable. Pendant un mois, nous avons présenté chaque musicien sur Facebook et Instagram. L’accueil du public a été incroyable : l’objectif financier a été atteint en seulement dix heures, et plus de 550 précommandes ont été enregistrées dans quinze pays.

Le livre reste actuellement disponible à la commande sur la page officielle, mais il ne fera l’objet que d’un seul tirage. Certaines personnes parlent déjà d’un futur « collector », ce qui est évidemment très touchant pour nous. Nous espérons surtout que le recueil offrira à toutes et tous de belles heures de musique…

Quel était ton objectif en réalisant ce recueil ? Pourquoi un musicien aurait-il envie de l’acheter ?

Au départ, mon objectif était très personnel : enrichir mon propre répertoire. Je me suis rapidement rendu compte qu’il n’existait pas d’ouvrage de cette ampleur consacré aux cornemuses 16 pouces.

Comme je pratique aussi la musique galicienne, je voyais à quel point les musiciens galiciens disposent d’une grande richesse éditoriale et de nombreux recueils de partitions. J’ai donc trouvé important de proposer un outil similaire pour notre instrument.

Ce livre est à la fois un recueil de répertoire, un témoignage de la pratique musicale actuelle et une porte d’entrée vers cet univers pour les personnes qui souhaitent le découvrir.

L’enthousiasme suscité par la campagne de crowdfunding montre d’ailleurs que cet ouvrage était attendu par de nombreux musiciens. Il constitue aussi un outil précieux pour les enseignants, une source d’inspiration pour les joueurs confirmés et un support accessible pour les débutants.

Et puis, qui sait : parmi les compositions présentes dans ce livre se trouvent peut-être les grands standards de demain.

Informations pratiques

  • Titre : Le Printemps des Sonneurs – Souvenirs et inspiration pour cornemuses
  • Format : A4, 368 pages, reliure suisse permettant une ouverture complète des partitions sur pupitre.
  • Contenu : 300 partitions d’airs et compositions, portraits des musiciens, contenu sur la cornemuse 16 pouces et le festival Le Son Continu. Quelques « bonus » disponibles en commandant sur le site officiel comme l’envoi d’un nouveau morceau par mois.
  •  Édition : auto-édité par Benoît Kensier, soutenu par le financement participatif de 550 contributeurs
  • Prix : 40 €

Le livre fera l’objet d’un unique tirage. Une quantité supplémentaire a toutefois été prévue afin de permettre aux personnes n’ayant pas participé à la prévente de se procurer un exemplaire.

Les commandes peuvent être effectuées via la page officielle :
ulule.com/le-printemps-des-sonneurs/

Nous serons également présents au festival Le Son Continu, où de nombreuses personnes viendront retirer leur exemplaire. Plusieurs points de collecte sont proposés sur le site, notamment à Bruxelles et chez Muziekmozaïek.

Page officielle du projet : fr.ulule.com/le-printemps-des-sonneurs/
Contact : lpsbook@outlook.com