Rappel : Vous aussi pouvez participer en proposant qu’un bouquin soit présenté soit par vous-même, soit par une ou plusieurs autres personnes. Comment choisir un livre ? C’est typiquement un bouquin consacré en tout ou en partie aux musiques, chants, danses traditionnels, voire d’autres éléments de folklore, et dont vous dites « il  est vraiment intéressant, dommage qu’il soit peu connu ».  info@canardfolk.be

 

 

Titre : FANNY THIBOUT

              SON FOLKLORE …
              SES AMIS …

              En l’honneur d’une grande dame

 

   La Royale Compagnie Folklorique Fanny Thibout
   et le Tiesses di Hoye, A.S.B.L – Liège     2007

 

Ce livre de 275 pages a été édité à l’occasion du centenaire de Fanny Thibout, née en 1907 et décédée en 1998. Une série d’amis ont voulu lui rendre hommage en rassemblant une multitude d’articles (voir l’abondante table des matières). Ma première impression, c’est que c’est un livre fourre-tout, sans queue ni tête. On y trouve un peu de tout … concernant le FOLKLORE WALLON au sens le plus large du terme. Il comporte deux parties bien distinctes.

Une première partie (pp. 11-108) contient des publications de Fanny Thibout elle-même dans différents ouvrages. On trouve ainsi « La danse traditionnelle en Wallonie », article publié dans « La Wallonie, le Pays et les Hommes » tome IV pp.153-156.

Puis les danses de la « Lyre Malmédienne », ouvrage que Françoise Lempereur a présenté dans le Canard Folk de juillet-août.

Suivent les danses des « Cahiers du Folklore Wallon », une série de contredanses issues du manuscrit Benoît Andrèz :  La Promenade angloise, L’ Ardennoise, La Françoise.

Toutes ces danses sont présentées avec chorégraphie et partition : une mine d’or pour les amoureux des danses wallonnes.

Dans les « Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne », Fanny propose une « Ronde de Table » en 15 couplets qu’elle a trouvée dans le tome II du « Nouveau Recueil de Chansons Choisies » de l’imprimeur Jean Neaulme en 1724.

On découvre ensuite des contributions de Fanny Thibout à diverses occasions : ses considérations sur le folklore en général au Congrès de Martin (Slovaquie) en 1978 ; sur les groupes de Revival ; sur des éléments de folklore dans les arts modernes ; sur la gastronomie populaire en Wallonie. Chaque article, écrit dans un style enjoué, contient des thèmes de réflexion fort intéressants.

La deuxième partie (pp.111-272), c’est le fameux fourre-tout ! Je ne vais pas énumérer  ni dévoiler le contenu des 30 articles qu’il contient : ce serait fastidieux. Consultez la table des matières : il y a à boire et à manger ! En résumé, il s’agit de souvenirs et d’hommages de nombreux amis qui l’ont côtoyée de près ou de loin et qui, pour la plupart, sont d’éminents folkloristes. Des membres de sa compagnie, bien sûr, notamment Jean-Michel Rigo qui, à sa mort en 1998, a repris la direction de « La Compagnie Fanny Thibout et les Tiesses di Hoye » ; Raoul Goulard, Président des « Walcotis et Bons Viquants de Walcourt » ; Marthe Hermesse, Présidente de « Jeunesse et Folklore » ; Joëlle Bresmal, Présidente de « La Plovinète de Marche-en-Famenne », Jean-Denys Boussart, Président de la «  Fédération des Groupes Folkloriques Wallons » … pour n’en citer que quelques-uns car ils sont très nombreux !

Je tiens quand même à souligner la contribution de Joseph Bonfond, Secrétaire de la Compagnie et principale cheville ouvrière de la réalisation de cet ouvrage qui lui a demandé un travail fou. Je le cite : « Dès l’instant que Fanny Thibout nous quittait le 7 mars 1998, j’ai voulu réunir son œuvre. Fanny, comme tout artiste, ne nous a guère facilité la tâche : il fut rude de rassembler ses archives. »

Voilà donc un livre qui devrait ravir tous les amateurs de folklore. On peut y grapiller au gré de ses centres d’intérêt et y découvrir des pépites.

Personnellement, si j’ai choisi de le présenter, c’est parce que le personnage de Fanny Thibout a toujours exercé sur moi une sorte de fascination. Ma mère lui vouait un culte : étudiante à l’Université de Liège à la fin des années 1930, elle avait intégré la troupe de théâtre universitaire et joué dans « Les Bacchantes » d’Euripide. Fanny Thibout dirigeait les chœurs et y dansait. 

Sa rigueur, son exigence, sa créativité, ses talents de danseuse forçaient l’admiration des étudiants. Vingt-cinq ans plus tard, en 1963, lors de ma première candi. à l’Ulg, j’ai joué moi-aussi dans une pièce dont j’ai oublié le nom, mais je garde un souvenir ébloui des chorégraphies mises en scène par … Fanny Thibout ! 

J’ai ressenti les mêmes impressions que ma mère. Au départ, Fanny était professeur de rythmique et d’expression corporelle. En 1936, une amie lui proposa de participer à un festival à Nice. La condition était de montrer des danses traditionnelles de sa région. C’est alors qu’elle s’est mise à parcourir les villages ardennais pour collecter des musiques et des danses régionales.

Prise de passion, elle fonda sa propre compagnie et conçut un spectacle bien calibré et soigneusement chorégraphié en utilisant les musiques et les bribes de tradition recueillies.

Reconnus par le ministère de l’éducation nationale, ses spectacles se sont exportés dans les grands festivals de folklore du monde entier, jusqu’aux Bahamas, au Canada, au Japon … Les danses wallonnes étaient plus connues aux confins du monde qu’en Wallonie ! Bien sûr, c’était du spectacle, on était bien loin de la tradition authentique. Et Fanny s’est fait beaucoup d’ennemis dans le monde des danses et musiques traditionnelles de Wallonie, d’autant plus qu’elle interdisait à ses élèves et aux membres de sa compagnie de divulguer le fruit de ses recherches. Elle en voulait l’exclusivité et se posait en grande papesse unique détentrice de la vérité dans le domaine.

La Compagnie Fanny Thibout n’existe plus faute de combattants, alors que les recherches et la pratique des musiques et danses traditionnelles de Wallonie se portent à merveille et sont en plein regain d’intérêt auprès des jeunes.

Je reste convaincue que l’engouement de Fanny Thibout pour faire connaître et vivre le folklore wallon, même si sa manière n’était pas la bonne, y est quelque part pour quelque chose. Et pour cela, ce livre d’hommages « En l’honneur d’une grande dame » est amplement justifié !

 

Jacqueline Servais

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