René Dossin, contrebassiste, complice de Louis Spagna dès avant la formation de Rue du Village, avait relaté quelques-uns de ses souvenirs dans le groupe Facebook « En souvenir de Louis Spagna ». Les voici à nouveau, présentés dans l’esprit d’une future histoire détaillée de Louis, qui serait émaillée de commentaires et d’anecdotes de diverses personnes.
Marc Bauduin

 

J’ai lu sur le site du Canard Folk une partie de l’Historique du folk en Belgique « période 2 » (1970-1974) où figurent quelques infos sur Rue du Village. J’ai lu également l’interview et vu la photo.

C’est très intéressant , également ce qui est écrit sur les nombreux groupes, festivals etc…

Pour ma part, j’ai connu Louis Spagna en 1972 alors que je fréquentais « Le Mégot », Maison des Jeunes d’Ottignies. A 15 ans, je vivais à Court Saint Etienne au sein d’une famille nombreuse : 8 enfants et les parents dans une ambiance musicale qui était une chance transmise depuis plusieurs générations.

Louis a commencé à venir à la maison de plus en plus souvent, presque tous les jours/soirées durant certaines périodes. Sa rencontre avec mon père fut visiblement pour lui un événement. Mon père, Pierrot Dossin, jouait entre autres de l’accordéon chromatique à boutons, comme Louis à l’époque.

Louis avait une excellente formation classique acquise précédemment par les années de cours avec le professeur Lambilotte. Mon père était un musicien polyvalent avec des goûts prononcés pour les musiques folkloriques du monde entier que nous ne manquions pas d’écouter grâce aux trésors de la discothèque nationale de Belgique plus quelques concerts que nous écoutions assidûment.

C’était l’ambiance à la maison, beaucoup de concerts du Mégot avaient une ultime partie non prévue mais bienvenue dans « l’After jours » de la grande maison familiale où maman cuisinait des spaghettis bolognaise pour une vingtaine d’irréductibles qui arrivaient après le concert à la maison. Il n’était pas rare de passer la nuit blanche en sortant/ressortant les instruments pour jouer jusqu’à l’aube.

A part ces soirées et nuits mémorables, Louis venait très souvent et jouait surtout avec mon père des heures et des heures à deux accordéons, de la musique celtique, musette, russe etc…

En 1973, la famille Dossin fit un « retour à la nature » en allant s’installer dans un minuscule hameau du sud de la France (Aude). Ainsi se termina une époque dans la maison du 17 rue du Village (qui fut précédemment maison communale, poste et même école ).

Suite à ce départ, Louis Spagna forma le groupe Rue du Village. Le premier contrebassiste a été Etienne Lhoir qui étudiait l’architecture ( à Louvain ? La Neuve ?). Après quelques mois passés en France, je revîns m’installer à Ottignies et Louis me fit entrer immédiatement dans le groupe où nous partagerons le poste de contrebassiste avec Etienne Lhoir pour un certain temps avec de plus en plus de concerts pour moi et moins pour Etienne qui avait fort à faire avec des études exigeantes.

Fanchon Smolderen était la clarinettiste. Avant l’arrivée d’Aline (1), nous avons eu plusieurs musiciens comme quatrième membre du groupe : Guy Raiff à la guitare (tournée de 4 concerts à Paris), mon frère Pierre à la flûte traversière pour une tournée dans l’Est Français avec Robert Geubels au violon !

Plus tard nous avons joué avec Wiet Van Deleest, le prodigieux musicien de Rum au violon ( ce dernier a pris l’initiative dans les répétitions avec quelques superbes arrangements, lui permettant d’improviser »au dessus » des quatre musiciens habituels de l’époque). Signalons aussi la présence de Philippe Leblanc à la clarinette, jeune prodige formé en classique et qui pouvait également improviser un peu comme en jazz mais en respectant le cadre des morceaux et leur dynamique.A quelques occasions, nous avons joué a 6 ou 7 avec Philippe, Wiet et Guy. Ces deux derniers ont formé le groupe Douce Ambiance dédié à la musique de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli, avec le batteur Jean-Luc Van Lomel, le guitariste rythmique « Bobo » Richard Bossicard et un contrebassiste dont je ne me souviens pas du nom.

Je fais une pause (2), à bientôt !

René Dossin

(1) NDLR : Aline Fonsny (violon, alto), épouse de Louis

(2) NDLR : après avoir écrit d’une traite l’essentiel de ce texte, René a souhaité prendre le temps de contacter des musiciens de l’époque pour croiser les souvenirs et assurer au mieux les récits et informations. D’autre part, il suppose que des proches pourraient retrouver des agendas de Louis, voire un bel enregistrement. Mais il faudra patienter car, dit-il, « moi-même ça me remue de faite remonter ces beaux souvenirs d’une merveilleuse époque qui semble de plus en plus révolue … »

 

(article paru dans le Canard Folk de mai 2021)