Pierre Challe – 2017- Photo : Michel Deroose

Acoz est un village de la commune de Gerpinnes, dans l’Entre-Sambre-et-Meuse. Si nous y allons, ce n’est ni en touriste, ni en amateur de fanfares. Nous cherchons la rue des Ecoles où se tenait jadis une des ducasses locales. Mais ce qui nous intéresse le plus dans cette rue, c’est le magasin « Les Ateliers de l’Accordéon », un des rares endroits où l’on peut acheter et faire réparer ou accorder un accordéon. Pierre Challe a ce métier dans le sang. Il est intarissable …

          Marc Bauduin

Les Ateliers de l’Accordéon, ce n’est pas seulement un atelier, c’est aussi un magasin d’accordéons ? Avec quelles marques d’accordéons travaillez-vous?

Oui, en plus d’être réparateur, nous avons aussi un magasin avec des instruments en vente.
En diatonique nous travaillons avec Loffet, Saltarelle, Castagnari et l’Accordéonnerie (Simplex).
Nous avons également repris la construction de Libouton. 
Et en chromatique, nous travaillons avec la marque Scandalli.
Cela donne déjà pas mal de choix entre différents modèles, l’ergonomie et le son de fabrique de chaque marque.

Stand Tournai – 2023

Que peux-tu dire sur les tendances actuelles?

Pour beaucoup de clients, le poids est un facteur important, en voulant le limiter.

Ensuite, le vibrato n’est pas à la mode, les clients recherchent plutôt un accordage sec. C’es une tendance générale qui dure depuis bien 10 ans. 

Pour ces deux raisons, sur les accordéons 3 rangs, l’achat le plus courant porte sur des accordéons à 2 voix, souvent montés flûte – basson (une voix aiguë et une voix grave pour chaque bouton). Pour donner une idées de ces modèles, ce sont les accordéons Matris, Evo ou Mas de Castagnari, Canopée ou Laurentides de chez Saltarelle, ou les 3 rangs Graet a Breizh de Loffet.

Ceci dit, depuis très peu de temps, sans doute plus ou moins 2 ans, on observe l’inverse, de jeunes musiciens cherchent un accordage avec plus de vibrato, allant jusqu’à de l’américain (plus de vibrato que le swing). Souvent c’est dans la recherche d’une « authenticité », avec des sons plus brillants.

Et pour débuter ? Car ici, tu nous parles de musiciens confirmés.

Les instruments d’études de toutes les marques traditionnelles sont devenus assez chers. Il faut compter plus de 2200 €. C’est le reflet du coût des matériaux et de la main d’oeuvre dans les usines chez les fabricants européens. Les augmentations de prix ont été très marquées ces dernières années, de 2020 à 2024.

Atelier Pierre Challe

Nous observons aussi que beaucoup de gens se dirigent vers des accordéons d’occasion pour débuter. Dans ce cadre, nous proposons des dépôts-ventes pour des accordéons d’occasion. Ce sont des instruments que les gens nous déposent, nous les remettons en état et les révisons pour offrir une garantie à l’acheteur. 

Clairement, nous ne gardons pas longtemps les accordéons d’occasion en Sol-Do que nous avons. 

Enfin, le Hohner 2915 ou le « made in China » n’est pas le plus prisé, mais pour des instruments 2 rangs de bonne facture, il faut être rapide pour s’en procurer un chez nous.

Tu parles de « made in China ». C’est aussi une réalité pour les accordéons ?

Oui, cela le pourrait, mais c’est important pour nous de garder cette éthique de travailler avec des fabricants « locaux », c’est-à-dire européens, essentiellement en France et en Italie en ce qui nous concerne. 

De plus, je constate que le « made in China » a une qualité très médiocre, voir désastreuse. La moindre réparation me confronte souvent à des montages fragiles et à une cascade de problèmes et réparations non prévues. 

Heureusement, je n’en rencontre pas trop. Peut-être les gens se rendent-ils compte de leur mauvaise qualité et que ce sont des produits qu’il n’est pas intéressant de réparer et que l’on jette très vite. J’espère qu’il n’y a pas trop de gens qui se font avoir à acheter de tels produits. 

Il me semble que c’est un secteur où l’on n’est pas trop envahi par ce type de produits. C’est clair pour nous que nous ne souhaitons pas proposer de tels produits à la vente. J’en accepte parfois en dépôt-vente lorsqu’un client choisit un autre instrument. C’est vraiment pour lui faire plaisir car cela me met très mal à l’aise de devoir le proposer.

Y a-t-il donc d’autres possibilités pour des accordéons « pas trop chers » ?

Comme on le disait, les modèles « made in  China » peuvent proposer des modèles abordables. 

De notre côté, nous faisons la promotion de la gamme Simplex, construite en France à l’Accordéonnerie. C’est Antoine ERROTABEREA qui se cache derrière. Antoine m’a formé à la réparation, il y a 15 ans et est devenu un ami. Nous avons commencé à travailler avec lui, il doit y avoir plus de 10 ans. Au début pour proposer des accordéons en location qui étaient en adéquation avec nos valeurs. Très vite, nous les avons aussi proposés à la vente. Nous avons été séduits par sa démarche de proposer des instruments neufs, de bonne qualité, à des prix légèrement supérieurs à des « made in China ». Point de vue qualité il n’y a pas photo.

Si je devais résumer sa démarche, je dirais qu’il a mis au point un accordéon qui peut se faire par une construction simple, qui peut se réaliser avec un minimum d’opérations. Il limite donc le temps nécessaire à la construction. Ces accordéons peuvent sembler plus bruts, et en même temps comme ce n’est pas au détriment de la qualité sonore, il séduit beaucoup de monde.

Concrètement, nous  revendons les Simplex au même prix qu’Antoine. Cela ne nous permettra jamais d’en vivre mais c’est un choix que nous avons fait par soutien et pour les raisons d’engagement dont on a parlé avant.

Tu me parlais aussi de la diversité sonore des instruments. Peux-tu m’en dire plus ?

Oui, la diversité sonore des instruments est un sujet qui me tient à coeur. Je trouve important qu’une diversité sonore existe, et de promouvoir cette diversité. Dans le monde de l’accordéon diatonique, on rencontre des univers sonores différents, même très différents. Cela offre pas mal d’opportunités. A chacun de trouver son son !

Je vois 3 facteurs principaux dans cette diversité sonore : les anches, l’accordage, et le fabriquant ou la marque, voire le modèle de l’accordéon. 

Atelier Pierre Challe – Photo : Jean-Pierre Jansen

Bien souvent les fabricants ou artisans travaillent avec un fournisseur d’anches, avec des qualités différentes suivant leur gamme. Il y a donc un choix d’anches du fabricant, pour obtenir une identité sonore globale de sa gamme d’instruments. Au sein d’une marque, la diversité sonore se différencie un peu d’un modèle à l’autre. En ce qui me concerne, je trouve que l’univers sonore est assez homogène entre les divers modèles d’une marque. C’est surtout la qualité des lames et le choix du vibrato qui amènent une diversité sonore.

C’est donc surtout d’une marque à l’autre, ou d’un fabricant à l’autre, qu’il y a pour moi une grande diversité sonore. Et j’aime cette richesse sonore. Ce qui représente le plus cette diversité sonore, c’est la quantité de facteurs et d’artisans que l’on rencontre dans le milieu du diatonique. Il suffit d’aller au Son Continu pour se rendre compte de la richesse qui existe. 

Atelier Pierre Challe – Photo : Jean-Pierre Jansen

A l’autre extrémité, si tous les accordéonistes jouaient sur la même marque d’accordéon, avec le même accordage, nous aurions perdu énormément de richesse sonore. C’est un peu ce que je ressens dans certains milieux, où l’on ne rencontre qu’une ou deux marques, avec des accordages forts similaires. C’est comme si il y avait un formatage de son et de style. 

Avec les clients, j’aime parler de tous ces concepts, et les aider à trouver le son qui leur plaît le plus. Nous essayons aussi de leur ouvrir les oreilles avec des instruments qu’ils ne connaissent pas. Il y a tellement de paramètres et de possibilités dans le choix d’un accordéon diatonique que cela fait beaucoup d’informations.  Mais c’est tellement chouette lorsque l’on voit des gens qui flashent sur un son, « le son » de leur nouvel instrument !

Contact :

Gerpinnes, Rue des écoles, 6280 Acoz (dans le sud de Charleroi, en Belgique)
Bruxelles, Avenue François Peeters, 1150 Woluwe-Saint-Pierre (à proximité du métro Stockel)
Tél pour l’atelier (réparation, accordage, vente ou location-vente, …) : +32 499 87 70 72
E-mail :  info@lesateliersdelaccordeon.be
Site web : lesateliersdelaccordeon.be/