Rappel : Vous aussi pouvez participer en proposant qu’un bouquin soit présenté soit par vous-même, soit par une ou plusieurs autres personnes. Comment choisir un livre ? C’est typiquement un bouquin consacré en tout ou en partie aux musiques, chants, danses traditionnels, voire d’autres éléments de folklore, et dont vous dites « il est vraiment intéressant, dommage qu’il soit peu connu ». info@canardfolk.be
Titre : George Sand, pionnière de l’Ethnographie
Auteur : Daniel Bernard
Ed. 2004 (92 p.), Éd. du bicentenaire de la naissance de George Sand. (Pas d’ISBN, mais commande possible aux Amis de George Sand)
La suppression inopinée et cruelle du Son Continu nous a donné l’envie de replonger de manière livresque dans le Berry traditionnel…
En France, l’enquête initiée dès 1852 par le ministre de l’Instruction publique Hippolyte Fortoul donne le premier élan des collectages de chansons traditionnelles. Mais des initiatives privées existaient déjà, incluant même les musiques instrumentales. A ce niveau, une des plus inattendues nous vient de George Sand, sans doute davantage devenue célèbre par sa vie émancipée et par sa production littéraire que par son intérêt pour les musiques de danses berrichonnes. Et pourtant…
Résidant l’été dans sa propriété de Nohant (Berry), l’écrivaine de famille aristocratique portait un intérêt sincère au monde paysan, à ses coutumes et à sa musique. En témoignent son courrier (10.000 lettres !) et plusieurs de ses romans. Bien plus, retranscrire des mélodies à l’oreille lui était familier : dans les réserves du musée de La Châtre, le cahier musical d’Aurore Sand (sa petite-fille, celle de la bourrée éponyme) en donne de nombreux exemples autographes. Et peu de pianistes savent l’existence de deux bourrées retranscrites et arrangées à Nohant en 1846 par Chopin, amant parmi d’autres de la belle George.
Que nous apprend le petit livre de Daniel Bernard ?
Une introduction (8 p.) renvoie au caractère éminemment rural du Berry et au peu d’intérêt porté à l’époque sur cette région par le pouvoir central. Contrairement à Sand qui écrit en 1846 dans Les Noces de Campagne : « Je crois qu’après la Bretagne (…), c’est le pays le plus conservé qu’il soit possible de trouver à l’heure qu’il est.»
Un premier chapitre (22 p.) détaille ensuite l’importance de deux éléments liés à l’intérêt de l’écrivaine pour les traditions paysannes. Le premier est d’ordre biographique : son enfance à Nohant où, loin de se complaire dans les salons, elle se mêle aux enfants du village et vit de l’intérieur les multiples fêtes paysannes ponctuant l’année. Le second élément est d’ordre culturel : la naissance de l’Académie Celtique en 1804, sous le patronage de Napoléon. Sa mission ? Étudier le passé gaulois et celtique de la France. La traduction des Odes d’Ossian, mythique barde écossais, et la vague déferlante du Romantisme achèveront de créditer le passé rural et le rapport à la Nature d’une considération centrale dans tous les domaines de l’art du 19ème s.
Le second chapitre (31 p.) entre dans le vif du sujet et, pour les chansons, insiste sur une particularité des collectages de Sand : elle ne se contente pas de noter les paroles, comme bien souvent en son temps, mais y associe la partition.
Au fil d’une exploration de l’œuvre romanesque, l’auteur propose ensuite un panel d’allusions précises et descriptives à la musique et à la danse traditionnelles. On y découvre la plume de Sand alerte et savoureuse. Ainsi, évoquant la bourrée dans Le Meunier d’Angibault : « De temps en temps, la joie intérieure des jeunes (danseurs) se trahit par un cri particulier qu’ils exhalent sans que leur physionomie perde son imperturbable sérieux et, par moments, en frappant du pied avec force, ils bondissent comme des taureaux pour retomber avec une souplesse nonchalante et reprendre leur balancement flegmatique.»
Une brève conclusion (3 p.) et une importante série de renvois aux sources (18 p.) complètent cette concise mais passionnante petite étude. Celle-ci nous convainc que l’autrice des Maîtres Sonneurs mérite à coup sûr de figurer dans la liste de celles et ceux dont le travail, en France comme ailleurs, a nourri bien plus tard le renouveau des musiques traditionnelles.
Marc Maréchal
