Danser avec les portes

A la fin de la guerre, les Américains avaient établi une base à Nouaceur.. non loin de Casablanca. Avec eux, ils apportaient leurs cigarettes, le Coca-Cola, le chewing-gum, le chocolat Mars et même une station de radio qui diffusait les premiers rock-and-roll.
J’adorais danser le rock. Quand les cavaliers faisaient défaut, je me rabattais sur une porte, une autre. Je la saisissais par sa poignée, je l’obligeais à tourner sur ses gonds, à m’accompagner, je sautillais, je tourbillonnais vers une autre que j’empoignais de même et recommençais mon trépidant manège. Bien sûr faute de partenaire qui m’eût fait virevolter, les passes étaient réduites, mais j’aimais tant me démener sur ce rythme du rock-and-roll que longtemps j’ai dansé avec les portes.
Et, à dire vrai, cela m’arrive encore. . .

extrait de « Une enfance marocaine » de Anne Bragance, Ed. Actes Sud, 2005.

L’auteure est née à Casablanca (toujours sous protectorat français, en 1945), de parents franco-espagnols. Son adolescence s’est déroulée dans un milieu cosmopolite où se mélangeaient plusieurs langues. Elle est arrivée à Paris à l’âge de 16 ans. Son premier roman est paru en 1973, elle avait 28 ans.

Ici, dans « Une enfance marocaine », elle raconte des petites anecdotes de sa vie à Casablanca.

Son expérience pourrait nous donner des idées, alors,que nous sommes privé-e-s de danse et de partenaire.

Malou Carels