Balbelutte, c’est un nom qui intrigue, une musique qui s’écoute, qui rassemble et qui donne aussi irrésistiblement envie de danser. Avec Balbelutte, les frontières entre musique folk, accents jazzy et couleurs baroques se mêlent pour créer un univers vivant et des sonorités uniques.
Mais qui se cache derrière ces mélodies ? Qu’est-ce qui rassemble ces musiciens, qu’est-ce qui les inspire, et que se passe-t-il quand ils se retrouvent sur scène ?
Nous sommes allés à la rencontre de ses fondateurs, Maya et Jean-Christophe, avec quelques questions sérieuses, d’autres un peu moins… et peut-être quelques surprises.
Marc Bauduin
Qui se cache derrière Balbelutte ?
Maya : Balbelutte est né en 2021 de la rencontre et de retrouvailles entre Maya Dedecker (flûtes à bec), Jean-Christophe Van Dam (clarinette, contrebasse et compositions), Hugues Bruynseels (violon alto) et Michel Keustermans (accordéon diatonique et viole de gambe). Rapidement se sont associés Nadia Englebert, qui anime les danses et puis Alain Durbecq à la guitare. Autant de personnalités et de couleurs musicales, réunies par le plaisir de jouer ensemble et de faire danser.
Pourquoi avoir choisi le nom « Balbelutte » ?
Maya : tout simplement parce que nous pouvons être de grands bavards. Nous avions d’abord pensé « Babelutte »… mais comme nous sommes un groupe de bals… Ce nom nous ressemble bien : un peu joueur, un peu farfelu, et surtout convivial.
La musique de Balbelutte a une sonorité et des couleurs uniques. La combinaison d’instruments sur lesquels vous jouez contribue-t-ele à l’identité musicale de Balbelutte ?
Maya : Absolument ! Nos instruments contribuent énormément à l’identité sonore de Balbelutte. Je joue de la flûte à bec et je viens de l’univers baroque, tandis que Jean-Christophe joue de la clarinette et vient du jazz. C’est la musique folk qui nous a réunis. Or, la flûte à bec et la clarinette se rencontrent très rarement dans un même ensemble. Nous avons été agréablement surpris de découvrir à quel point leurs sonorités boisées se marient bien et se complètent.
Nous avons aussi l’accordéon diatonique, avec sa couleur folk bien affirmée, le violon alto avec Hugues qui connaît bien les musiques irlandaises, la contrebasse et la guitare acoustique. Et puis, il y a la viole de gambe, qui apporte une belle touche baroque et une profondeur sonore particulière.
Tous nos instruments sont acoustiques. C’est une vraie richesse pour le son du groupe, mais aussi un défi, notamment lorsqu’il s’agit de les amplifier en bal. Cela demande quelques ajustements techniques et une attention particulière à la justesse. Mais nous tenons à ce choix, car il nous permet de conserver toute la richesse des timbres et les nuances de nos instruments.
Ce mélange d’instruments et d’univers musicaux crée une palette sonore très riche, à la croisée des styles. C’est cette combinaison assez inattendue qui donne à Balbelutte sa couleur et sa personnalité propres.
Comment Balbelutte arrive-t-il à rendre la musique traditionnelle vivante et actuelle, tout en respectant ses racines ?
JC : Nous avons un goût pour ces mélodies du passé, et surtout pour les pas que l’on danse dessus. Les sonorités et les rythmes baroques nous plaisent énormément. En dehors de nos « compositions maison », on aime rhabiller des mélodies traditionnelles avec des harmonies un peu remises au goût du jour. Sur nos vieux instruments, nous aimons l’exercice de fondre en plein bal une mélodie qui n’a rien à voir, faire un clin d’œil à un standard du jazz ou au tube de l’été.
Quelles sont vos influences ou inspirations, musicales ou autres ?
Nos préférences musicales sont vraiment très éclectiques. Maya et Michel sont tombés tout petits dans une marmite de musique baroque, Jean-Christophe a été biberonné aux « blue notes » très tôt. Hugues et Alain puisent dans le classique et le folk. Tous nous adorons aller écouter des concerts de tous styles, de toutes les époques, et de toutes les latitudes.
Vous jouez surtout de la musique à danser…
JC : Oui, la danse est très importante pour nous. Nous sommes plusieurs à aimer danser aussi, et à participer régulièrement à des bals folk animés par d’autres groupes. Nous animons aussi régulièrement des cours d’initiation avec notre animatrice Nadia au centre culturel de Silly. C’est une activité qui a été prévue dès le démarrage du groupe, en 2021. Les cours ont démarré en janvier 2022.
En 5 ans, vous avez pu mener beaucoup de projets. Y en a-t-il un qui vous a marqué particulièrement ?
Oui, les projets se sont suivis, à une vitesse soutenue. Le moment le plus intense a probablement été notre concert « Quand Balbelutte turlutte », avec Gullivan, chanteur du groupe mythique « Mes Souliers Sont Rouges ».
Nous avions travaillé ensemble sur les compositions de Balbelutte et celles de Mes Souliers Sont Rouges, avec un gros travail d’équipe rehaussé par la touche « Gullivan ».
Balbelutte fête ses 5 ans d’existence cette année. Vous allez fêter l’événement en grande pompe
JC : Oui, c’est en grande pompe. Nous avons envie de partager la fête avec notre public, tous ces mélomanes et danseurs qui nous suivent de près ou de loin et de remercier la cinquantaine de personnes, collectifs, associations qui nous ont fait confiance en nous proposant de venir animer leurs soirées.
Pour cela nous organisons un mini festival le 15 novembre prochain, à Ittre où joueront, en plus de nous, quelques groupes qui nous inspirent et que nous adorons écouter. Nous avons choisi de réinviter Gullivan, mais aussi BARMS qui nous fait danser sur le folk américain, O’Tchalaï et Accords Perdus qu’on ne doit plus présenter aux lecteurs du Canard Folk. L’événement est ouvert à tous.
Quel est le moment le plus inattendu que vous avez vécu sur scène ?
Maya : Ce souvenir est très récent, mais il restera longtemps gravé dans nos mémoires… et sans doute dans celles du public aussi.
En septembre dernier, nous animions un bal au Folk Festival de Marsinne, accompagnés de Gullivan, du groupe Mes Souliers Sont Rouges. Au moment précis où nous terminions un morceau, panne de courant générale ! Plus de sonorisation, plus moyen d’amplifier nos instruments… Dans un chapiteau de 200 personnes, autant dire qu’on ne nous aurait pas entendus à l’autre bout de la salle. La suite du bal semblait compromise.
Or, le morceau suivant de notre programme était justement La Poule à Colin, une chanson à répondre du répertoire de Mes Souliers Sont Rouges, qui se danse en andro. Nous avons alors quitté la scène pour rejoindre le public et chanter et danser avec lui.
Et là, magie : tout le monde s’est mis à chanter en chœur et à danser avec nous ! Le temps de cette chanson, le public et les musiciens ne faisaient plus qu’un. L’électricité est ensuite revenue juste après et avons pu remonter sur scène et poursuivre le bal.
Tout cela était tellement bien réussi qu’on aurait presque pu croire que c’était fait exprès.
Un groupe, c’est aussi des personnalités, des petites manies et quelques secrets bien gardés… Il est temps de découvrir ce qui se cache derrière les musiciens… Place à quelques questions un peu moins sérieuses, quelques questions inattendues pour découvrir l’envers du décor. Si Balbelutte était une couleur, ce serait laquelle et pourquoi ?
Maya : Cette question est assez facile à répondre puisque la couleur de Balbelutte est le rose fuschia.
D’où vient l’idée de cette couleur pour le moins originale pour un groupe folk ?
Maya : Il s’agit tout simplement d’une blague entre nous.
Au début, nous cherchions simplement à nous accorder visuellement sur scène. Nous avons essayé le beige, l’orange, le turquoise… Jusqu’au jour où Jean-Christophe, pour nous faire une blague, a proposé le fuchsia. Nous l’avons pris au mot et relevé le défi ! Ce qui n’était pas une évidence dans un groupe composé majoritairement d’hommes…
En découvrant les photos de ce concert, nous avons finalement dû reconnaître que le résultat était très réussi : le fuchsia rendait particulièrement bien, surtout en extérieur. Nous l’avons donc adopté définitivement, avant de l’associer au bleu. Une blague qui a fini par devenir une véritable signature visuelle.
Et puis, il y a une petite coïncidence amusante : j’ai la particularité d’être atteinte de synesthésie. Cela signifie que mon cerveau associe spontanément des couleurs à certains sons, sans que je le choisisse. Or, le son de la lettre « B » m’évoque le rose, tandis que ceux des lettres « U » et « T » m’évoquent le bleu. Comme par hasard, ce sont justement deux des couleurs de Balbelutte.
Comment écoutez-vous de la musique lorsque vous n’en jouez pas vous-mêmes ?
Maya : Nous sommes de grands consommateurs de concerts et de bals. Personnellement je vais voir une trentaine de concerts ou bals par an, dans des styles musicaux très variés : folk, jazz, musique du monde, musique baroque, chanson française, rock. Il y a cependant un point commun entre toutes les musiques que je vais écouter : une prédominance d’instruments acoustiques et l’absence de boîte à rythme.
JC : Je ne suis pas fier d’avouer que j’ai un abonnement Spotify qui me sert d’immense médiathèque, même si j’ai plus de 500 CD chez moi. Dans mes heures perdues, j’aime écouter la radio, notamment Musiq3, car les commentaires à propos de la musique me plaisent beaucoup aussi. Pendant mes heures de travail (sur un immonde bureau paysager), j’écoute vraiment beaucoup de classique, c’est ce qui me distrait le moins.
Si vous deviez monter un projet artistique en dehors de la musique, ce serait quoi ?
Maya : pour moi, sans hésiter, ce serait un spectacle de magie (avec Jean-Christophe, s’il n’a pas peur de disparaître).
JC : Les projets d’écriture pourraient me plaire aussi, même si c’est un travail plus solitaire.
Si Balbelutte était un plat, ce serait lequel et pourquoi ?
JC : Je dirais un dessert qui sort de l’inspiration d’un artisan. Un sorbet framboise : il a le peps et la fraîcheur de la musique de Balbelutte et en a la couleur. Avec un biscuit un peu croustillant, qui quand il craque évoque les pas de danse sur le plancher.
Maya : Ce serait certainement un plat cuisiné maison, à partir d’ingrédients bruts et naturels, sans produits industriels ni saveurs standardisées. Un plat qui a du caractère, où chaque ingrédient garde sa personnalité. Un peu comme notre musique jouée sur des instruments acoustiques, avec leurs petites imperfections, leurs variations de rythme ou de justesse. Tout n’est pas lissé au millimètre, et c’est justement ce qui fait le charme du résultat, un plat à l’image de notre musique, vivant, avec ses aspérités et non quelque chose de parfaitement calibré mais sans surprise.
Justement, vous jouez régulièrement dans des lieux où l’on propose des repas locaux ou bio. Y a-t-il un lien entre votre musique et la gastronomie locale ?
Maya : Nous constatons en effet que notre musique attire souvent un public qui est aussi sensible aux produits locaux, à l’alimentation saine et aux initiatives qui mettent en valeur les savoir-faire artisanaux.
Je pense qu’il y a un lien dans les valeurs que nous partageons : le goût de l’authentique, le plaisir des choses bien faites et l’envie de privilégier ce qui a du caractère plutôt que ce qui est standardisé. Comme en cuisine, notre musique fait la part belle aux sonorités naturelles, aux nuances et à la diversité.
Et puis, il y a une dimension très conviviale dans les deux cas : on se retrouve autour d’un bon repas ou d’un bal, on échange, on partage un moment et on prend le temps de profiter. Au fond, la musique, la danse et la gastronomie sont de belles façons de créer du lien.
D’ailleurs en plus de la musique, mon métier principal est nutritionniste, métier dans lequel je prône justement les aliments bruts, locaux non et non transformés.
JC : Le fait que nos ateliers de danse aient commencé à Silly n’est pas anodin non plus. Silly est une des premières communes belges du réseau Citta Slow (Slow Food), qui compte un grand nombre de producteurs locaux, et d’activités liées à la gastronomie du terroir local.
Merci à vous deux d’avoir joué le jeu de cette interview et de nous avoir fait découvrir un peu mieux l’univers de Balbelutte. Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter de belles aventures musicales, de nombreux bals.
Maya et JC : Merci au Canard Folk pour cette belle entrevue. Pour vos lecteurs qui voudraient fêter nos 5 ans avec nous et les groupes qui nous accompagneront ce jour-là, les informations et réservations sont ici :
Dim. 15 nov. 2026 de 14h30 à 22h30
L’Etable d’Hôtes, Rue de Tubize, Ittre
Le programme satisfera à la fois les mélomanes et les danseurs (débutants comme confirmés).
14h45: Balbelutte
15h40: Gullivan (Mes Souliers Sont Rouges)
17h00: Barms Dance
19h00: O’Tchalaï
20h30: Accords perdus
21h20: Jam
www.billetweb.fr/balbelutte-fete-ses-5-ans

