Rappel : Vous aussi pouvez participer en proposant qu’un bouquin soit présenté soit par vous-même, soit par une ou plusieurs autres personnes. Comment choisir un livre ? C’est typiquement un bouquin consacré en tout ou en partie aux musiques, chants, danses traditionnels, voire d’autres éléments de folklore, et dont vous dites « il est vraiment intéressant, dommage qu’il soit peu connu ». info@canardfolk.be

Titre : La Lyre Malmédienne
Ouvrage édité en 1966 par le Royal Club wallon de Malmedy, Bruxelles, Schott frères, … en 1100 exemplaires et donc quasi introuvable mais disponible en ligne via lucyin.walon.org/tchanson/lire_mam.pdf
Ouvrez un album d’Astérix : une loupe est posée sur une carte de Gaule pour mettre en valeur un petit village situé en Armorique (Bretagne), village qui, inlassablement, résiste à l’invasion romaine.
Si la thématique et l’emplacement du village sont dus à l’imagination de René Goscinny, celui-ci n’a pas choisi ce bout du monde ‒ ce « finistère » ‒ par hasard. En effet, les régions les plus éloignées des centres de décisions politiques ont de tout temps été marquées par une volonté de protéger leur patrimoine, surtout si elles constituent des frontières culturelles et linguistiques.
En Belgique, ce n’est pas un hasard en effet si l’on défend davantage le français à Fourons, à Comines ou dans la périphérie bruxelloise, et si la vitalité des langues régionales est plus marquée en Wallonie picarde, dans la Basse-Meuse et surtout dans les Cantons de l’Est, particulièrement à Malmedy et Waimes.
C’est cette zone Malmedy-Waimes que recouvre la Lyre malmédienne de 1966, qui est en fait une réédition, largement augmentée, d’un recueil paru en 1901 à …Leipzig, sous le (très long) titre wallon : Lyre Mâmediéne, aires, chansons, respleûs, chœurs, rondes et danses do Pays d’ Mâmedî rassonlés par Lu Club wallon, notés, harmonisés et arrangîs avou accompagnemeint d’ piano et d’autres instruments par Olivier Lebierre, op. 151a !
Le Pays de Malmedy était alors sous domination prussienne et ce, depuis le Traité de Versailles de 1815. Il le restera 104 ans, jusqu’à l’autre traité de Versailles, celui de 1919, qui le rattachera à la Belgique.
Victimes d’une germanisation forcée après la guerre franco-prussienne de 1870, les Malmédiens ont mené une guerre sans merci pour tâcher de préserver leur culture romane et leur langue wallonne. C’est pourquoi la première Lyre malmédienne fut dédiée par son auteur, Olivier Lebierre, à l’abbé Nicolas Pietkin, curé de Sourbrodt, fondateur en 1897 du Club wallon, garant des traditions locales jusqu’à nos jours.
Dans la préface de la nouvelle édition, Roger Pinon explique qu’une dizaine de chansons patriotiques ont été « sacrifiées » car elles n’avaient plus de raison d’être mais que, cette fois, on a ajouté des chansons dues à des compositeurs locaux contemporains.
Voilà donc une somme inestimable, comportant deux chapitres intitulés « La terre malmédienne » et « Le Tour de chant », avec paroles et partitions de chants qui célèbrent la ville et la région (seize en wallon, trois en français), et deux chapitres, plus copieux encore, intitulés « Au fil des fêtes de l’an » et « Le Tour de danse ».
De Noël à la Saint-Nicolas, en passant par le Nouvel An, les Rois, le carnaval, la Nuit de mai, la Saint-Jean, la fête de la récolte des pommes de terre et la Saint-Martin, on peut y suivre la vie traditionnelle locale, grâce à vingt chants en wallon, deux en français, un noël en latin et plusieurs airs sans paroles habituellement joués par des harmonies ou fanfares, sans compter les sonneries des cloches de la cathédrale de Malmedy, notamment celles encore en usage le jour de la ducasse Saint-Géréon.
Quant au chapitre des danses, il fait le bonheur de nombreux amoureux des bals folk de partout et je ne résiste pas au plaisir d’en énumérer la liste : Polonaise, Danse dès Tchèrons, Maclote, Maclote chassé, Arèdje du Malimpré, Carré de Champagne, Lancier, Lamponète, Lu Dj’vô qui crîve, et une ronde en français, le Petit jardin d’amour.
Chaque danse a été recueillie sur le terrain, transcrite (souvent avec harmonisation pour piano ‒ ce que personnellement je n’apprécie guère car le piano n’a jamais servi à faire danser ce type de danses rurales ‒) et décrite dans sa chorégraphie originale, avec cependant quelques retouches par Fanny Thibout.
Voilà donc un recueil indispensable pour qui aime chanter ou danser wallon !
Il est dommage que d’autres régions n’aient pas bénéficié, dès le début du 20e siècle, d’une aussi brillante initiative ! Nous aurions pu sauver un patrimoine immatériel considérable, aujourd’hui disparu, hélas !
Françoise Lempereur, dialectologue et musicologue, titulaire des cours de patrimoine culturel immatériel à l’université de Liège.
